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Disparition
A 17h l’école de quartier Jacques Prévert
libéra en ce vendredi de septembre son contingent d’enfants qui
s’éparpillèrent aux alentours pour rejoindre leurs domiciles
respectifs. Un quart d’heure plus tard, ne voyant pas rentrer sa fille
Mathilde, Elodie Renaud décida d’aller la chercher mais elle trouva
déjà porte close, les écoliers n’ayant pas traîné en cette fin de
semaine.
A la PJ aussi on avait mis les moyens et mobilisé le maximum de personnel. Le commissaire Franck Belmont dirigeait un groupe d’une dizaine de policiers qui procédaient par recoupement des infos recueillies sur le terrain. On finit par identifier un véhicule de marque Toyota qui sembla correspondre à celui recherché. Un individu suspect fut interpelé quelques jours plus tard et placé en garde à vue avant d’être libéré le jour même faute d’éléments solides. Belmont ne put s’empêcher de rapprocher cette disparition avec une autre affaire d’enlèvement qui avait eu lieu trois mois auparavant dans la banlieue grenobloise. Cette disparition qui avait provoqué un vif émoi dans la population n’était toujours pas résolue. Nora une fillette de 10 ans avait disparu elle aussi à la sortie de l’école. Le procureur comptait sur une résolution rapide de l’affaire et donc sur l’efficacité de Belmont avant qu’une psychose ne se répande dans la population. Le commissaire reprit donc aussi le dossier sur la disparition de la petite Nora une copie conforme de Mathilde, même âge, même blondeur mais il ne trouva aucun indice susceptible de booster les recherches. Il va falloir se remonter les manches, se dit le policier qui convoqua l’ensemble de ses troupes pour faire le point. « Inutile de vous faire un dessin, le procureur attend des résultats. Il peut s’agir d’un serial killer et dans ce cas-là il faut le mettre hors d’état de nuire au plus vite. Vous allez reprendre l’enquête depuis le début et en vérifier tous les détails. » Les gendarmes et les policiers se partagèrent le secteur et interrogèrent à nouveau le voisinage. Il y avait désormais deux affaires identiques et sans doute un seul et même ravisseur. Lors de l’enquête faisant suite à la disparition de Nora, un témoin avait signalé la présence d’un individu suspect proche de l’école. Ce dernier était vêtu d’un jogging, mais le témoin n’avait pu voir son visage car l’individu portait une capuche. On n’avait pas suivi cette piste qui refit surface par suite de la disparition de Mathilde car un nouveau témoin avait à son tour signalé la présence de cet individu dans les parages sans pour autant donner d’autres détails. Cet élément méritait cependant d’être approfondi. Belmont commençait à y voir un peu plus clair au sujet de ce suspect plutôt jeune qui devait sans doute avoir un véhicule à proximité car il semblait difficile d’enlever un enfant en passant inaperçu sauf si le kidnappeur était connu des deux fillettes. La gendarmerie tenta de concentrer ses efforts sur les quartiers proches des deux écoles en recoupant les indices. Les enquêteurs se mirent à la tâche effectuant des rondes pour savoir si un véhicule avait été vu dans ces deux quartiers. C’était un travail de longue haleine mais pour ce genre de recherche il fallait demeurer patient. De toute façon en absence d’indices les policiers n’avaient pas d’autre alternative : recouper, fouiller et progresser lentement sans négliger le moindre détail. Et puis l’enquête sur la disparition de Nora allait prendre une orientation nouvelle avec un coup de théâtre totalement inattendu. Nora avait été retrouvée. Il s’agissait finalement d’un simple enlèvement d’enfant par son père qui avait réussi à l’emmener au Maroc son pays d’origine. Dès lors la piste du serial killer n’était plus d’actualité et la police pouvait maintenant se concentrer uniquement sur la disparition de Mathilde. A partir de quelques témoignages on avait pu recueillir des informations complémentaires ainsi qu’une partie de la plaque d’immatriculation du véhicule. Elodie Renaud, la maman de Mathilde se rendit à l’hôtel de police pour signaler qu’elle avait repéré dans une rue voisine un modèle Toyota semblable à celle décrite par un témoin. Franck Belmont se demanda si on n’était pas passé à côté lors des premières investigations. Il décida de convoquer Antoine Perraud l’individu suspecté pour un nouvel interrogatoire plus poussé. Dans le même temps une équipe de la police scientifique ferait des recherches et analyses sur la Toyota ainsi qu’une perquisition à son domicile. Le commissaire trouva quelques détails troublants. Tout était parfaitement rangé. L’appartement paraissait avoir été nettoyé entièrement et à fond tout comme le véhicule. Il nota également la présence d’un autocollant publicitaire sur la vitre arrière de la Toyota et en prit une photo. On ne sait jamais ! Pensa-t-il. En attendant on va le faire mijoter en garde à vue. Jusqu’à tard dans la soirée Belmont et son adjoint se relayèrent pour le faire avouer. Tous deux étaient désormais convaincus que le coupable de l’enlèvement était là devant eux et ils n’avaient pas l’intention de le relâcher dans la nature. Pourtant il fallait faire vite car pour l’instant ils ne possédaient rien de tangible, ni mobiles, ni preuves. Tout juste relevèrent-ils quelques contradictions lors de son interrogatoire. Belmont se souvint alors de la photo de la Toyota à l’arrière du véhicule d’Antoine Perraud. Il sortit son téléphone mobile pour le consulter en détail. C’était un autocollant du club de judo de la ville. Le commissaire annonça à son adjoint qu’il irait voir le lendemain matin s’il pouvait récolter des infos intéressantes sur le suspect. Le président du club le reçu dans son bureau. Aux questions qu’il lui posa ce dernier lui répondit qu’il ne connaissait pas très bien Antoine Perraud, un garçon plutôt renfermé qui avait provoqué des incidents au sein du club de judo. Son comportement envers les enfants notamment avaient été jugé inapproprié. Il avait reçu un avertissement de la part du président et à la moindre récidive ce serait l’exclusion. L’entraineur du club confirma que Perraud avait été l’objet de plaintes de la part de parents et que les judokas responsables l’avaient depuis dans le collimateur. En rentrant chez lui ce soir là il eut une pensée pour la petite Mathilde et ses parents. Dans ce genre d’affaire d’enlèvement d’enfant il n’y a guère de dénouement heureux et les jours qui passaient ne donnaient pas beaucoup d’espoir de la retrouver vivante. Cependant s’il n’y avait qu’une infime chance de la retrouver il fallait la jouer à fond. Le commissaire Belmont n’était pas du genre à baisser les bras et se promit de rattaquer tambour battant dès le lendemain. Cette idée le tint éveillé une partie de la nuit et il se demanda où Antoine Perraud avait bien pu séquestrer sa victime sans se faire remarquer. Faute d’éléments suffisants Antoine Perraud ne put être maintenu en détention plus longtemps. Il quitta la ville discrètement peu après. C’est tout à fait par hasard que le corps de Mathilde fut retrouvé quelques jours plus tard au sud de Grenoble par des ramasseurs de champignons. Cette macabre découverte raviva de douloureux souvenirs parmi la population et Franck Belmont fut bien entendu chargé de reprendre l’enquête.
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